QUI SUIS-JE ?

Photographe Aline Castejon

Quelle artiste suis-je ?

Ma carrière d’artiste lyrique a démarré en 2003 lorsque je suis entrée comme soprano dans le chœur de l’Opéra de Rouen/Accentus dirigé par Laurence Equilbey.
Mes professeurs ont nourri mon apprentissage vocal : Yva Barthélémy, Blandine de Saint-Sauveur, Guillemette Laurens, Viorica Cortez, Géraldine Ros ; et aussi musical : Janine Reiss, Irène Kudela, Ariane Cadier, Frédéric Rouillon. Avec le musicologue Roland Mancini, j’ai décortiqué la voix chantée grâce à son incomparable collection de vinyles allant de Rosa Ponselle à Maria Callas en passant par Mirella Freni ou Leïla Cuberli, j’ai appris à écouter.

J’ai toujours travaillé les techniques théâtrales, aussi bien la méthode Lecoq, le cabaret ou la commedia dell’arte, que le travail de Stanislavski, le clown de théâtre ou le mime. J’ai chanté dans diverses productions auprès de personnalités telles qu’Oswald Sallaberger, Marc Minkovski, Jérome Deschamps et Masha Makeïeff, mais aussi Peter Mussbach dans des mises en scène innovantes.

Photographe Aline Castejon

Plus tard, quelques festivals, des récitals, des concerts m’ont amenée à diversifier mon répertoire de soprano lyrique. En 2005, j’ai créé et dirigé la Compagnie Solicanti qui proposait des petits formats lyriques, un récital mis en espace : Portrait de femmes en 2006, un concert de musique de chambre en 2007 : Trio à une voix dans lesquels la voix était montrée comme un instrument à part entière au milieu d’autres instrumentistes solistes de l’Opéra de Rouen Haute-Normandie : violon, cor, clarinette, violoncelle et piano. Des douleurs physiques chroniques aux muscles des trapèzes sont apparues au fur et à mesure.

En 2009, après un récital à la halle aux toiles de Rouen avec Raphaël Drouin, j’ai pris la décision d’arrêter de chanter quelques années pour me plonger dans des recherches vocales et trouver une explication à ces douleurs. J’ai rencontré Lionel Sarrazin fin 2014. J’ai repris toutes les bases de ma technique vocale. Je découvre le yoga Iyengar l’année suivante et le pratique assidûment. Je retrouve le chemin de la scène tout doucement et change complètement de répertoire. Quelques millimètres gênaient la mobilité de mon larynx, ce que je compensais en tirant sur les muscles du cou et du haut du dos !

En 2016, Hugo Bardin, jeune metteur en scène de la compagnie La Cantine, me propose de chanter, de jouer le rôle de la nourrice et d’être la directrice musicale dans sa création LA REINE MARGOT, qu’il souhaite faire concourir au théâtre 13. Le spectacle obtient le prix du public en 2017. Les douleurs ont disparu complètement.
Des projets se présentent, et avec eux le plaisir de chanter avec un instrument libre.

Quelle formatrice suis-je ?

Petit retour en arrière : 1994, je pousse les portes du conservatoire du XIe arrondissement de Paris dans l’espoir d’y entrer comme élève débutante.
Le verdict tombe : « Vous ne chanterez jamais, mademoiselle ! » Dans ma voix, seules quelques notes semblent reliées les unes aux autres. Le reste : un râle ! Mes cordes vocales peinent à s’accoler. Direction le phoniatre qui confirme le problème. Défaut d’accolement du pilier gauche, seulement audible dans la voix chantée à partir du registre aigu !

À l’époque, je travaillais comme ouvreuse à l’opéra de Paris. Une collègue me suggère de lire le livre d’Yva Barthélémy, La voix libérée. Coïncidence étonnante, Mme Barthélémy habitait dans le même immeuble que moi. Quelques mois d’exercices exclusivement physiques plus tard, 8 notes s’ajoutent aux autres. Ma conscience de la complexité de l’instrument vocal s’éveille au même moment, et avec elle la conscience de l’importance du corps dans l’acte vocal. Je suis percluse de tensions à cette époque. Diverses méthodes somatiques m’aident à m’assouplir : technique Alexander, méthode Feldenkrais, thérapie énergétique, ostéopathie. J’explore et m’émerveille des progrès que mon instrument effectue au fur et à mesure.

Professionnelle dès 2003 dans le chœur de l’Opéra de Rouen/Accentus dirigé par Laurence Equilbey, et alors que j’enseigne la technique vocale auprès de diverses structures depuis plusieurs années déjà (ville de Rouen, conteurs, particuliers, conférenciers de rue, chœurs régionaux), je commence à souffrir régulièrement d’inflammations aux trapèzes.

Malgré diverses consultations auprès de spécialistes, le phénomène s’aggrave, devient chronique. Nous sommes en 2008. Des contrats de soliste se présentent. Malgré ma grande conscience du besoin d’unité corps/voix/esprit, un élément me manque et ces douleurs sont là pour m’alerter. Je décide de tout arrêter en 2009 après un récital avec Raphaël Drouin à la Halle aux Toiles de Rouen. Je mets également l’enseignement entre parenthèses.

Quelques années de recherches plus tard, je suis admise en formation des formateurs en pédagogie de la voix à l’agence Harmonique à Paris. Je découvre les travaux de la physiologie de la voix de Blandine Calais-Germain, rencontre et reçois les enseignements du docteur Guy Cornu, entre autres l’auteur du « Que sais-je » sur la voix, bénéficie des précieux conseils techniques de Géraldine Ros et de ceux de Frédéric Faye. Enfin, j’approfondis le travail sur le corps avec Monique de Saint-Ghislain. Pour compléter l’ensemble, je suis formée au coaching des voix saturées et aux techniques vocales du point de vue physiologique : Jazz, belting, chanson, lyrique…

Fin 2014, je reprends le travail vocal avec Lionel Sarrazin et crée ma structure de formation en coaching de la voix. Par un travail minutieux et la pratique assidue du yoga Iyengar, je trouve peu à peu le chemin de mon instrument et de mon répertoire. La sensation que j’éprouve alors est celle d’un spéléologue qui, à l’aide d’une lampe frontale, découvre au fur et à mesure des zones inexplorées jusqu’alors.

Photographe Aline Castejon

La spéléophonie est née de cette exploration intérieure. J’ai commencé à l’expérimenter, sans la nommer, à quelques clients. Notamment des comédiens du cours Florent, membres de la compagnie La Cantine, avec lesquels j’ai travaillé sur une pièce mise en scène par Hugo Bardin : Gouttes d’eau sur un toit brûlant de Rainer Werner Fassbinder.

Cette biographie serait incomplète sans évoquer la respiration de la voix. En travaillant sur la physiologie de la voix, j’ai découvert la respiration vocale et son mécanisme naturel. Une voix libre est une voix qui allie les zones de résonances et le souffle de façon harmonieuse. C’est pourquoi je dissocie, dans un premier temps, le travail de la respiration de la voix de la spéléophonie. Au fur et à mesure, les deux se rencontrent et se mettent à collaborer pour se rapprocher du son propre à chacun et découvrir son unicité.

Enfin, je me suis rendue compte de l’impact très positif de ces connaissances sur la prise de parole en public. L’université de Rouen m’a proposée d’intervenir en expression orale dans la filière Sciences du langage. Depuis 2015, je forme les étudiants pendant un semestre à raison de 4 à 5 TD par semaine. Le travail de comédien, mêlé à celui de pédagogue de la voix et de la respiration, offre l’opportunité de mettre en pratique ces outils dans le cadre de l’expression orale comme expression de soi.

J’ai pu constater que mieux respirer et mieux connaître sa voix permet d’accéder à des zones inconnues de soi-même. Cela contribue au « mieux s’exprimer pour aller vers un bien dire ». Ce qui m’a donnée l’idée de développer de l’Expression orale à l’art oratoire en 2016. Ainsi, libérer les outils de la parole contribue à déverrouiller la parole elle-même.